Le millésime 2021 à Bordeaux

Honneur aux vignerons qui ont accompli des prouesses tout au long du cycle végétatif de la vigne et produit un millésime 2021 offrant de belles surprises ! La météo ne leur a pas rendu la vie facile. Aux épisodes de gel de printemps ont succédé la pression du mildiou et un été plutôt frais. Au prix d’un travail acharné et de sélections sévères, de nombreuses propriétés ont réalisé de grands vins ; mais attention, l’amateur va devoir se montrer sélectif car sur certains terroirs, les vins offrent parfois des matières fluettes. Sans aucun doute, 2021 peut être qualifié de « millésime de vigneron » : la qualité des vins dépend en grande partie des choix effectués et du travail des équipes.

La date des vendanges s’est notamment révélée déterminante pour la qualité des vins. Il a fallu tenir bon, et attendre le beau temps du mois d’octobre pour récolter des raisins arrivés – enfin – à maturité. D’une manière générale, 2021 est une année de cabernets, francs et sauvignon. Les merlots – hormis ceux qui sont issus des meilleurs terroirs du Libournais – ont d’avantage souffert de l’été maussade et peu ensoleillé, alors que les cabernets, cépages plus tardifs, ont bénéficié à plein de la très belle arrière-saison.

A la dégustation, les maîtres mots pour qualifier ce millésime sont la fraîcheur et l’équilibre, la délicatesse. 2021 marque un retour à des degrés d’alcool classiques, pas trop élevés (autour de 13°C), des trames taniques pas trop puissantes et une grande sapidité. Il ne s’agit donc pas d’un millésime solaire, mais au contraire d’un millésime frais et élégant, et même bien structuré sur la rive gauche.

Les conditions climatiques du millésime : une météo délicate

L’année 2021 a débuté par un hiver clément, alternant des périodes froides et douces, puis un printemps doux et sec qui a engendré un débourrement précoce début avril. Les gelées qui ont sévi dans le vignoble durant les nuits des 7 et 8 avril, ont engendré des pertes de récolte variables selon les secteurs, mais parfois très importantes. Les vignerons ont également dû affronter de nouveaux épisodes de gel en mai, un mois humide et relativement frais – ce qui a eu pour conséquence de ralentir un peu la croissance de la vigne – jusqu’à ce que l’été s’installe progressivement début juin. La floraison s’est alors bien déroulée. En revanche, à partir de mi-juin, des orages frappent la région, accompagnés de fortes précipitations sur certains secteurs et de grêle. Cette période pluvieuse accentue la pression des pathogènes comme le mildiou. Globalement l’été s’est montré maussade et peu ensoleillé, empêchant l’arrêt de la croissance de la vigne avant la véraison, cette dernière étape étant intervenue seulement vers la mi-août.

Enfin, la fin d’été se passe mieux, notamment la première semaine de septembre, sans pluie, ce qui facilite les vendanges des blancs, qui se déroulent globalement sur les 20 premiers jours de septembre (les premières ayant débuté le 28 août dans le Sauternais). Les vendanges commencent par les sauvignons, et les sémillons sont récoltés une semaine plus tard. Le mois de septembre s’avère particulièrement chaud (c’est l’un des trois plus chauds depuis 2000).

Les vendanges pour les rouges commencent avec les merlots vers le 25 septembre et se poursuivent la première semaine d’octobre. Pour ce qui est des cabernets-sauvignon, la récolte débute en octobre, avec des raisins bien mûrs grâce aux mois de septembre et d’octobre très ensoleillés. Les baies sont légèrement moins sucrées et plus acides, elles ont atteint une bonne maturité, même si cette dernière n’est pas parfaitement homogène selon les secteurs.

Le millésime est donc surtout décrit comme une réussite pour le cabernet, qu’il s’agisse du cabernet sauvignon ou du cabernet franc, qui récoltés plus tard, ont atteint une belle maturité et apportent structure et élégance aux vins. Les cabernets francs de la rive droite sont particulièrement réussis, offrant des profils bien aromatiques et de jolis tanins veloutés. Les cabernets sauvignons se montrent quant à eux structurés, frais, profonds et aromatiques.

Enfin, du côté des vins liquoreux, la récolte a été très durement amputée par le gel et la grêle, à tel point qu’un certain nombre de propriétés ne produiront pas du tout de vin liquoreux cette année. L’apparition du botrytis a été retardé par l’été frais, mais il est finalement arrivé mi-septembre, en même temps que le retour de la pluie. Pour le peu de récolte qu’il y a eu, les raisins ont atteint une belle maturité et sont bien botrytisés, tout en préservant un niveau d’acidité élevé, gage d’un bon équilibre. Les raisins ont été ramassés en deux à trois tries (début, milieu et fin octobre). Un millésime rare en Sauternes donc, mais de très haut niveau.

En résumé, la météo de ce millésime aura été très éprouvante pour les vignerons, mais les meilleurs d’entre eux ont réussi à s’adapter et à produire de beaux vins, ce qui explique le niveau hétérogène des vins selon les propriétés.

Les caractéristiques du millésime 2021 à Bordeaux

Comme nous l’avons dit, les principales caractéristiques de ce millésime sont la fraîcheur, l’élégance, la sapidité et l’équilibre dans la délicatesse. L’avantage de ce millésime est également que les vins seront vraisemblablement abordables plus rapidement que d’autres millésimes, même si le potentiel de garde, Bordeaux oblige, demeure réel, mais sera évidemment légèrement moindre que celui des millésimes exceptionnels. Revenons sur le profil organoleptique des vins, secteur par secteur.

* Les vins blancs secs

L’été plutôt frais a permis de conserver une bonne acidité dans les tous les vins et notamment les blancs, mais aussi un profil bien aromatique (car les précurseurs d’arômes ont été préservés grâce à la météo fraîche). A la dégustation, ils se montrent donc équilibrés, élégants, frais mais aussi dotés d’un beau gras, pas trop alcoolisés, très aromatiques ; ils présentent les caractéristiques d’un grand millésime de blanc sec.

Les sauvignons sont particulièrement réussis, présentant des profils mûrs, sapides et ciselés, tandis que le niveau est légèrement plus hétérogène pour les sémillons, avec sur certains terroirs des vins un peu dilués alors que les plus beaux terroirs ont permis d’obtenir des raisins très aromatiques.

En revanche, comme un peu partout dans le Bordelais, la récolte est en baisse dans les Graves et plus encore à Pessac-Léognan et dans le Sauternais.

* Les vins rouges de la rive droite

Les vins de la rive droite présentent un niveau assez hétérogène à Saint-Emilion et plus regroupé à Pomerol. Comme pour la plupart des vins rouges, les assemblages ont souvent varié dans le sens d’une baisse de la proportion de merlot et d’une hausse du cabernet par rapport aux assemblages habituels, les seconds étant de meilleur niveau que les premiers.

Dans l’ensemble, les vins apparaissent bien fruités avec des arômes de petits fruits rouges frais (cerise, fraise, framboise) plutôt que des fruits noirs sur-muris et offrent un beau jus, des trames légères et délicates. Ce n’est là non plus pas le millésime le plus riche, concentré et dense, mais c’est un profil qui plaira à de nombreux amateurs à la recherche de matières plus légères et délicates, digestes. Le niveau d’alcool est parfait, aux alentours de 13-13,5°.

* Les vins rouges de Pessac-Léognan

La proportion de cabernet sauvignon et même de cabernet franc est généralement plus élevée qu’habituellement. Les vins affichent de beaux équilibres, des arômes de fruits rouges et noirs, avec du corps et des tanins présents mais soyeux, toujours cette fraîcheur caractéristique du millésime, une bonne maturité, des trames droites et longilignes, de la mâche et des matières assez concentrées, racées.

* Les vins rouges du Médoc

Dans leur globalité, les vins du Médoc atteignent un joli niveau et se révèlent la réussite de ce millésime, avec bien sur des différences selon les appellations. Là encore, on appréciera ces vins pour leur équilibre, leur finesse et leur digestibilité, leur fraîcheur, leurs très bons niveaux d’alcool, pas trop élevés, des densités plutôt modérées sans être faibles, avec tout de même, dans les plus mauvais cas, des matières quelque peu aqueuses et diluées. Les vins sont également bien aromatiques, fruités et épicés et offrent une très belle qualité de tanins, bien mûrs et au grain fin.

* Les vins liquoreux

Du côté des vins liquoreux, si les volumes produits sont généralement historiquement faibles à cause des dégâts du gel, le niveau est en revanche absolument remarquable et c’est d’autant plus frustrant ! En effet, un certain nombre de domaines n’ont pas produit de grand vin du tout, voire aucun liquoreux dans ce millésime, quand la plupart des autres ont produit des volumes ridiculement bas, de l’ordre de 1 ou 2ha/hl.

A la dégustation, les vins se montrent accessibles, avec un profil dominé par la fraîcheur et la délicatesse, une bonne concentration sans être exceptionnelle, une très belle fraîcheur, si importante à l’équilibre de ces vins, de la délicatesse et un côté beaucoup plus digeste que dans les millésimes solaires, les matières sont tout de même denses. On y trouve des arômes d’agrumes confits, de pamplemousse en plus des habituels arômes de fruits plus exotiques.